Foin, herbe et compléments : comprendre les bases de l'alimentation équine
Vous pratiquez l'équitation et vous vous interrogez sur ce que devrait manger votre cheval au quotidien ? La réponse tient en un principe fondamental : le cheval est un herbivore dont le système digestif est conçu pour fonctionner en continu à partir de matières végétales fibreuses. Fourrages, pâturage, concentrés et compléments ne s'accumulent pas au hasard dans une mangeoire — ils s'organisent selon des besoins précis, variables d'un animal à l'autre.
Comprendre ces bases, c'est éviter les coliques, prévenir les carences et optimiser la condition physique de votre monture, qu'il s'agisse d'un poney de club ou d'un cheval d'endurance.

Le fourrage : le pilier incontournable de la ration équine
Pourquoi le fourrage doit toujours primer
Selon l'Institut Français du Cheval et de l'Équitation (IFCE), le cheval doit ingérer au minimum 1,5 % de son poids vif en matière sèche de fourrage par jour. Pour un cheval logé en box, la part de fourrages doit constituer au moins 60 % de la ration totale.
Cette exigence n'est pas arbitraire. Le tube digestif du cheval est prévu pour traiter un flux quasi-continu de fibres végétales. Un estomac vide trop longtemps expose l'animal aux ulcères gastriques et aux coliques — deux des pathologies les plus fréquentes en milieu équestre.
📌 À retenir : Quel que soit le niveau d'activité du cheval, le fourrage constitue le socle de toute ration équilibrée. Les concentrés ne viennent qu'en complément, jamais en substitution.
Le foin : fourrage conservé de référence
Le foin est le fourrage conservé le plus utilisé pour les équidés. Il est constitué d'herbe fauchée puis séchée à l'air libre et au soleil, jusqu'à atteindre un taux d'humidité inférieur à 20 %. Ce séchage permet d'atteindre un taux de matière sèche proche de 85 %, seuil au-delà duquel les moisissures ne peuvent plus se développer.
Les chantiers de fenaison s'étalent généralement entre la fin du printemps (mai-juin) et la fin de l'été (septembre), selon les régions et les conditions météorologiques. Plusieurs coupes sont possibles dans la même saison.
Le foin remplit deux fonctions principales :
- Compléter les équidés au pâturage quand la ressource en herbe est insuffisante (hiver, sécheresse)
- Alimenter les chevaux hébergés en box qui ne peuvent pas pâturer
L'herbe pâturée : l'aliment le plus naturel
L'herbe fraîche au pâturage reste l'aliment le plus proche du comportement naturel du cheval. Riche en eau et en fibres, elle fournit une source d'énergie stable et à libération lente, bien adaptée à la physiologie digestive du cheval, et constitue une excellente base nutritive au printemps et en été.
Attention cependant : une herbe trop jeune, très riche en sucres solubles, peut provoquer des fourbures chez les chevaux sensibles. Une introduction progressive au pâturage printanier est toujours recommandée.

L'énergie dans la ration : comment ça se mesure ?
Les unités fourragères cheval (UFC)
En France, l'énergie apportée par les aliments équins est mesurée en unités fourragères cheval (UFC). Ce système prend en compte les pertes métaboliques liées à la digestion et à la production de chaleur — une particularité propre à la physiologie équine.
Les besoins en UFC varient considérablement selon :
- L'âge et le stade physiologique (poulain, adulte, jument gestante)
- La race (cheval de trait vs pur-sang)
- Le niveau d'activité (repos, travail léger, compétition)
- Les conditions climatiques (en hiver, la digestion génère de la chaleur et les besoins augmentent)
Fourrages vs concentrés : deux logiques énergétiques
| Aliment | Source d'énergie | Vitesse d'assimilation | Risques si excès |
|---|---|---|---|
| Foin | Fibres | Lente, régulière | Faibles si qualité correcte |
| Herbe fraîche | Fibres + sucres solubles | Modérée | Fourbure (herbe jeune) |
| Grains / céréales | Amidon | Rapide | Coliques, acidose |
| Granulés équilibrés | Mixte | Variable | Surpoids si ration mal calculée |
Source : données compilées à partir des recommandations IFCE et Mad Barn (2024)
Les fourrages fournissent une énergie stable et à libération lente, bien adaptée à la physiologie digestive du cheval. Les concentrés à base de grains, plus riches en amidon, apportent une énergie rapidement disponible — utile pour les chevaux de sport, risquée si mal dosée.
Concentrés et compléments : quand en donner ?
Les concentrés : uniquement si le fourrage ne suffit pas
Un cheval de loisir à activité légère, en bonne condition corporelle, n'a souvent pas besoin de concentrés. Le foin ou le pâturage couvre largement ses besoins énergétiques.
En revanche, un cheval en travail soutenu, une jument allaitante ou un cheval âgé peuvent nécessiter un apport supplémentaire. Les concentrés — granulés, flocons de céréales, mash — viennent alors compléter le fourrage, jamais le remplacer.
⚠️ Attention : Donner des concentrés à un cheval dont les besoins énergétiques sont déjà couverts par le fourrage favorise le surpoids, les fourbures et les troubles du comportement.
Les compléments minéraux et vitaminiques
Un régime uniquement à base de fourrages peut présenter des lacunes en sel, vitamines, minéraux et acides gras essentiels. C'est pourquoi, selon les recommandations de Mad Barn, les rations à base de fourrage nécessitent systématiquement un ajout de ces nutriments.
Les compléments les plus courants en alimentation équine :
- Sel (chlorure de sodium) : indispensable à l'hydratation et au bon fonctionnement musculaire. Une pierre à lécher en libre accès est la solution la plus simple.
- Minéraux (calcium, phosphore, magnésium) : leur équilibre conditionne la santé osseuse et musculaire.
- Vitamines A, D, E : souvent déficitaires dans le foin vieilli ou stocké depuis plusieurs mois.
- Acides gras oméga-3 : présents dans l'herbe fraîche, ils disparaissent presque totalement dans le foin séché.
💡 Astuce : Avant d'acheter un complément coûteux, faites analyser votre foin. Une analyse fourragère permet de connaître précisément les teneurs en énergie, protéines et minéraux, et d'identifier les vrais manques — pas les supposés.
Adapter la ration à chaque cheval
Les facteurs qui font varier les besoins
Il n'existe pas de ration universelle. Chaque cheval est unique, et plusieurs variables entrent en jeu :
- Le poids et la condition corporelle — un cheval maigre et un cheval en surpoids n'ont pas les mêmes besoins caloriques
- L'intensité du travail — de la simple balade hebdomadaire à l'entraînement quotidien, l'écart énergétique est considérable
- La saison — en hiver, la dépense thermique augmente les besoins en fourrages
- Le stade physiologique — une jument en fin de gestation ou en lactation a des besoins protéiques et minéraux très supérieurs à la moyenne
- L'état de santé — un cheval convalescent ou souffrant d'un trouble métabolique (syndrome de Cushing, sensibilité à l'insuline) nécessite une ration spécifique
Construire une ration équilibrée : les étapes pratiques
- Évaluer le poids du cheval — par ruban barymétrique ou pesée.
- Calculer les besoins en fourrage — au minimum 1,5 % du poids vif en matière sèche.
- Assurer un accès continu ou fractionné au foin — plusieurs distributions par jour plutôt qu'une seule.
- Faire analyser le fourrage — pour identifier les teneurs réelles en énergie, protéines et minéraux.
- Ajouter des concentrés uniquement si nécessaire — en commençant par de petites quantités, en augmentant progressivement.
- Compléter en sel et minéraux — a minima avec une pierre à lécher et un complément minéral adapté.
- Surveiller la condition corporelle régulièrement — et ajuster la ration en conséquence.
💡 Astuce : Un vétérinaire ou un nutritionniste équin peut établir une ration personnalisée, surtout pour les chevaux sportifs, les seniors ou les animaux présentant des pathologies digestives.
Ce que l'analyse du fourrage change concrètement
L'analyse nutritionnelle du foin est le levier le plus sous-utilisé par les propriétaires de chevaux. Elle révèle les teneurs réelles en énergie (UFC), en protéines brutes, en fibres, en calcium, en phosphore et en oligo-éléments.
Sans cette donnée, la complémentation reste approximative. Avec elle, on évite deux erreurs fréquentes : sur-complémenter inutilement (coût et risques d'excès) ou laisser des carences s'installer silencieusement pendant des mois.
Un foin de prairie polyvalent ne présente pas le même profil nutritionnel qu'un foin de luzerne ou qu'un foin de Crau — lequel bénéficie d'ailleurs d'une réputation établie pour sa richesse en calcium et en protéines digestibles.
La qualité du fourrage, ses conditions de récolte, de séchage et de stockage influencent directement sa valeur nutritive. Un foin récolté trop tard, mal séché ou stocké à l'humidité perd une part significative de sa valeur énergétique et peut contenir des moisissures dangereuses pour la santé digestive du cheval. C'est sur ce point concret que se joue souvent l'essentiel de l'alimentation équine — bien avant d'ouvrir le premier sac de compléments.